
1. La réforme du système
d’éducation
1.1.
La réforme de l’enseignement primaire et secondaire
Le premier constat d’échec que l’on peut faire sur l’école est qu’elle reproduit les inégalités sociales, alors que son but est précisément l’inverse. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les moyens investis par élève dans les zones défavorisées sont inférieurs à ceux investis dans les zones favorisées. Les parents, voyant le faible investissement général de l’Etat dans son système scolaire public, exercent des pressions pour contourner les cartes scolaires. Le meilleur moyen de maintenir ce système, qui est juste, consiste donc à ne plus leur donner envie de le faire.
Il faut donc une égalité parfaite de budget par élève quelque soit l’établissement. Mais il faut aussi fournir la meilleure formation possible (au niveau international) à chaque élève. Mais de quoi ont besoin les élèves pour s’en sortir dans la mondialisation ?
La maîtrise des langues et des nouvelles technologies est bien sûr un des enjeux fondamentaux. Concernant l’apprentissage des nouvelles technologies, un des obstacles des élèves est le fait de ne pas disposer d’un ordinateur avec accès à internet. Il est du rôle de l’état de s’assurer que chacun en dispose d’un. Concernant les langues en revanche, le niveau faible des élèves après plusieurs années de scolarité doit nous mener à nous interroger sur l’efficacité de notre système là encore.
Le meilleur moyen d’apprendre des langues est de partir à l’étranger, c’est bien connu. Dans ce cas, chaque élève devrait passer de façon obligatoire au moins deux années dans deux pays de l’Union Européenne quel qu’il soit (une année par pays). Organiser un tel système d’échange avec les autres pays européens n’offrirait pas seulement l’avantage de s’assurer que chaque élève maîtrise couramment trois langues. Cette expérience permettrait également à chaque élève d’ouvrir réellement son esprit à d’autres contextes culturels, ce qui est là encore un apprentissage fondamental pour s’adapter à la mondialisation.
Enfin, le système scolaire doit réveiller la créativité qui sommeille en chacun. Etre créatif, ce n’est pas seulement les artistes que cela concerne. Chacun doit pouvoir, quelque soit son métier, être quelqu’un capable d’innover pour s’adapter aux changements de notre économie. C’est pourquoi l’enseignement des arts revêt à ce titre une importance particulière. Là encore, ce domaine a été négligé pendant de nombreuses années. Redonnons lui la place qu’il mérite. Après tout, le cinéma américain est une industrie florissante au niveau international, pourquoi pas le cinéma français ?
Il faut enfin changer les modes d’évaluation, qui sont responsables du fait que les élèves français sont les plus stressés d’Europe. Une pression collective encourage depuis toujours le système d’une évaluation chiffrée. Plus que les savoirs, ces évaluations par leur nombre sanctionne plus le comportement de l’élève (est-ce qu’il a bien travaillé ?) plutôt que sa compétence, c’est-à-dire son aptitude à réagir correctement face à une situation donnée.
1.2. La
réforme de l’enseignement supérieur
Ce n’est pas d’indépendance dont ont besoin les universités. Le début du processus de privatisation initié par la loi Pécresse est encore un signe de l’abandon par l’Etat de ses fonctions.
Soyons clair, pour que l’Université Française retrouve un rang d’élite mondiale, c’est à un plan Marshall qu’il faut songer. Mais ne nous y trompons pas : c’est la seule porte de sortie dont dispose la France pour créer de la richesse. Certes, cette entreprise serait plus facile si elle était menée conjointement par les partenaires européens. Mais après tout nous sommes censés en 2010 avoir fait de l’Europe l’Economie de la connaissance la plus compétitive du Monde (sommet de Lisbonne de septembre 2000). Est-ce illégitime de faire pression sur ses partenaires afin que les promesses soient tenues ?
Les meilleures universités du monde sont américaines, et ce dans presque tous les domaines. Il faut donc par conséquent que la France copie ce modèle d’Université, en mieux. Cela implique une refonte de tous les diplômes au regard des compétences recherchées au niveau international, et du niveau d’exigence attendu pour être les meilleurs.
L’accès à l’Université pourra, comme aux Etats-Unis, être payant ce qui faciliterait son financement, à condition que les plus modestes bénéficient de bourses. En revanche, contrairement aux Etats-Unis, l’accès à l’Université ne doit pas être sélectif, afin de donner sa chance aux étudiants de toutes origines. En mettant les moyens nécessaires, la part d’étudiants de première année exclue du système serait moindre que ce qu’elle est aujourd’hui.
Il faut enfin pour les étudiants un vrai service public qui leur facilite la vie. En matière de logement et d’équipement, les moyens mis à disposition des étudiants sont indignes de notre pays. Leur situation financière et leurs conditions de vie sont d’une grande précarité. Non seulement, cette situation est indigne, mais elle est improductive.
2. La réforme de la vie
politique
Une des raisons de la persistance des problèmes de la France est, comme nous l’avons vu précédemment[1], la tentation des femmes et des hommes politiques à vouloir résoudre ces problèmes par des solutions dont l’horizon ne dépasse pas leur mandat. Or, les problèmes que nous connaissons nécessitent de véritables investissements de long terme. Mais les promesses de court terme sont plus alléchantes, qu’il s’agisse de choc de croissance ou de smic à 1500 euros. Or, c’est bien de construire l’avenir de nos enfants qu’il s’agit.
Par conséquent, la seule solution pour que nos élus prennent les décisions, peut-être impopulaires (quoi que), mais nécessaires sur le long terme, consiste à empêcher qu’élu devienne un métier, mais reste un privilège qui, de façon démocratique, doit revenir à différentes personnes au cours du temps. Le seul moyen de le faire est donc d’interdire la possible réélection d’un élu à son poste. Il ne s’agit pas d’une simple interdiction du cumul des mandats, évidemment nécessaire, mais également d’une interdiction de cumuler les mandats dans le temps.
La même interdiction serait légitime pour ce qui concerne le fonctionnement interne des partis. A défaut de pouvoir l’obtenir, gageons que la non-professionalisation des élus obligera les partis à renouveler régulièrement leurs représentants. Leur fonctionnement sera alors plus démocratique, ce qui laissera plus de chance à la prise de position sur des mesures d’intérêt général, et donc de long terme.
C’est ce qui expliquera d’ailleurs sans doute que ce projet ne sera jamais repris par les représentants des partis, qui sont souvent les personnes désignées précédemment comme élus professionnels. Et pourtant, cette règle dans le contexte actuel revêt une légitimité particulière.
3. La gestion des
services collectifs par l’Etat
Les gouvernements en place depuis la fin des trente glorieuses ont tous été tentés par la privatisation de services collectifs, comme moyen de financement à court terme de leur projet. Or, on ne peut pas vendre 3% d’EDF tous les ans pour financer l’université, ça n’a pas de sens.
En conséquence se sont multipliés des monopoles privés (dans le secteur de l’eau, des autoroutes, et bientôt de l’électricité). Or, il n’est pas compliqué d’imaginer les conséquences : une baisse de qualité du service et une hausse des prix. Lorsqu’on parle de services collectifs, les conséquences sont dommageables non seulement pour les consommateurs, mais également pour les entreprises, dont l’activité est parfois menacée (grève des chauffeurs routiers pour protester contre le tarif des autoroutes).
Appelons les choses par leur nom, l’Etat doit entreprendre une politique de renationalisation des services collectifs les plus importants pour l’économie.
4. Une politique
d’urbanisme et de logement encore plus volontariste
La hausse du prix du logement est une des préoccupations principales des ménages. Or, le marché du logement, contrairement à ce qu’on pourrait croire, est lui aussi un marché mondial désormais. Le nombre d’étrangers, dont le pouvoir d’achat est supérieur aux français, et qui sont attirés par un bon placement en euros, a fait multiplier les prix des logements, aussi bien à Paris qu’en Province.
Il n’y a donc pas de remède possible pour réduire les prix du logement, à moins d’interdire la vente de logements aux étrangers, ce dont il n’est bien sûr pas question. La seule porte de sortie est donc la hausse des salaires d’une part, permise par la formation de compétences rares. Et d’autre part, la meilleure éducation des français leur permettra de limiter les périodes de chômage, ce qui rendra plus facile la contraction d’un emprunt pour accéder à la propriété.
En revanche, concernant la situation des cités de banlieue, la conduite de l’état est indigne et entraîne des coûts pour la société. Les quartiers n’ont pas besoin d’un coup de peinture ou de karcher. Ils ont besoin, comme les autres quartiers de France, d’avoir des logements décents, dans des quartiers agréables à vivre, et où existe une certaine mixité sociale. L’Etat ou la collectivité, en tant que propriétaire des HLM doit prendre les mesures qui s’imposent pour son patrimoine immobilier : détruire les logements indécents, reconstruire du neuf avec comme seul objectif de permettre une certaine mixité sociale.
L’Etat doit également s’assurer que ses services soient particulièrement performants dans ces quartiers, et pas seulement la police. En raison du manque de transports, du manque de moyens consacrés aux zep, de la fermeture des bureaux de poste, ces quartiers seront, si rien d’ambitieux n’est fait par l’Etat, des friches résidentielles, situation particulièrement absurde quand on connaît la crise du logement.
5. L’intransigeance
écologique
Malgré les phénomènes de prise de conscience internationale sur le réchauffement climatique, la lenteur des politiques a encore de quoi surprendre. Là encore, le court-termisme des hommes politiques en est responsable. Le développement durable est, par définition, un domaine qui nécessite des plans de long terme, ce qui rend d’autant plus urgent la réforme de la vie politique.
En effet, les problèmes écologiques ont ceci de particulier qu’ils sont difficilement chiffrables. Après tout, à combien évaluez-vous la perte de la biodiversité ? Pour autant, on sait que leurs conséquences sont véritablement coûteuses. L’alimentation en est un parfait exemple, car il nous touche particulièrement. L’usage des pesticides dans l’agriculture est responsable de plusieurs cancers et d’infertilité progressive de notre espèce. Mais il fait baisser le prix des tomates.
Alors une alternative existe, les produits biologiques, mais de quel budget faut-il disposer pour pouvoir se les offrir ? L’Etat doit donc insuffler une nouvelle politique agricole, tournée vers les produits biologiques, avec une interdiction progressive de la vente des produits ne répondant pas à ce critère. Cela peut certes faire augmenter le prix des produits alimentaires à court terme. Mais, la politique agricole commune a toujours été là pour biaiser les lois du marché et assurer un prix de vente faible (ce qui est responsable notamment des problèmes de compétitivité dans leur propre pays des produits agricoles africains).
La recherche agronomique permettrait aujourd’hui de produire bio à grande échelle si une demande se confirme, ce qui ferait baisser les prix. C’est un véritable droit à une alimentation saine qui peut être démocratisé.
Par ailleurs, comment expliquer encore, alors que les procédés industriels existent depuis longtemps, que l’on continue à consommer du pétrole. Ne pas imposer l’usage des carburants alternatifs (même si ils ne sont pas tous écolos) n’est plus une simple question de préservation de l’environnement, mais également une question d’économie évidente pour les ménages.
6. Le système fiscal
Les systèmes fiscaux mettent les états européens en concurrence les uns par rapport aux autres. Ce phénomène a pour conséquence de créer ce qu’on appelle, dans la théorie des jeux, un jeu non coopératif. Les Etats européens, pour améliorer leur « compétitivité » par rapport à leurs voisins, pratiquent chacun des politiques de baisse d’impôts qui, au final, ne permettent pas à la collectivité de disposer des finances suffisantes pour financer ses investissements. Par conséquent, une réforme du système fiscale efficace serait celle qui consisterait à harmoniser au niveau européen la fiscalité.
A défaut de pouvoir l’obtenir, car ce sera difficile en raison de l’attachement historique particulier que chaque état a à l’égard de son système fiscal, d’autres choses peuvent être entreprises à l’échelle nationale. Tout d’abord, la remise en cause des politiques d‘allègement de charges et de baisse du coût du travail, dont on sait qu’elles créent un phénomène de blocage des salaires au smic, qu’elles n’ont pas d’impact sur la compétitivité, qu’elles sont très coûteuses, et mettent en péril le financement de notre modèle social.
L’impôt sur le revenu est un des derniers impôts réellement progressif encore en application. Non seulement le supprimer serait une erreur en terme de justice sociale, mais si on fait le pari de la hausse des salaires, c’est un impôt qui rapportera beaucoup plus qu’il ne le fait aujourd’hui.
7. La réforme de la
représentativité des salariés
Un état moderne est un état où le dialogue social existe et est performant. Les politiques de salaires élevés dans le temps ne se négocient pas sans moyen de pression. Or, il faut bien l’avouer, les syndicats peinent aujourd’hui à défendre les intérêts de leurs membres.
Les problèmes des syndicats sont connus. Tout d’abord, il y a une remise en cause de leur légitimité. En effet, le taux de salariés syndiqués tend à une baisse progressive. Ensuite, les syndicats manquent de coordination lors des discussions, en raison des multiples courants dont ils sont les représentants. Si cette politisation des syndicats est légitime, il n’en reste pas moins qu’elle pèse sur leur capacité à s’unir pour former un rapport de force efficace.
Afin de ne plus remettre en cause la légitimité des syndicats, car c’est remettre en question l’histoire sociale de notre pays, chacun devrait de façon obligatoire adhérer à un syndicat. Cela permettrait également de sortir de la stigmatisation que connaissent les personnes syndiquées en entreprise. Et cela obligerait chacun à prendre parti, ce qui changerait également les équilibres entre les différents syndicats dans un sens plus proche de l’opinion des salariés, et donc dans une direction plus démocratique.
Ensuite, si chaque salarié est représenté, on peut ensuite procéder à des élections par branche pour désigner les syndicats négociateurs. Dans ces négociations, des droits de vote différents peuvent alors être distribués aux syndicats en fonction de leur résultat à ses élections. Ainsi, toute proposition du gouvernement serait soumise à un vote dont on ne contestera pas la légitimité, et qui permettra de sortir plus rapidement des conflits sociaux.
Enfin, gageons que cette obligation de se syndiquer provoquera la naissance d’autres syndicats, renforcera la concurrence entre eux, ce qui les poussera par là même à devenir progressivement des forces de proposition, et non seulement d’opposition.
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